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945-Favoriser la visibilité des monuments

Par gilfreis

Art, Culture, Patrimoine, Tourisme

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  • Une ville est composée de bâtiments. Ces bâtiments ont une fonction. Certains de ces bâtiments ont une valeur ajoutée : ce sont les monuments. Les monuments, outre la fonction qu’ils abritent, sont témoins d’un style, d’une époque, d’une culture. Ils sont des marqueurs forts du visage particulier de la ville. C’est à ce titre qu’ils doivent être mis en valeur, et donc être parfaitement visibles. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour, en particulier, quatre monuments emblématiques de Liège : la cathédrale virtuelle Saint-Lambert, l’ancienne collégiale Saint-Barthélemy, l’hôtel de ville et la nouvelle gare des Guillemins sont camouflés, partiellement ou quasi totalement (l’hôtel de ville) derrière des écrans végétaux.

    Pour comprendre l'architecture de la nouvelle place Saint-Lambert et évoquer l’ampleur de l’ancienne cathédrale, le meilleur (et d’ailleurs unique) point de vue panoramique est sans conteste l’esplanade ouest (au-dessus du grand local des TEC). Non seulement on y jouit d’une très bonne vue à la fois sur le palais et les grands magasins (témoins de deux périodes clés de l’histoire de Liège), mais c’est le seul endroit qui, en surplomb, met le visiteur dans l’axe de l’ancienne cathédrale, avec, en avant-plan, l’entrée de l’Archéoforum, le dessin mural des édifices religieux successifs, et l’évocation du massif occidental de la cathédrale et de la résidence où l’évêque Lambert fut assassiné. Malheureusement, un rideau d’arbres situé en contre-bas fait écran. Certains de ces arbres, malades, ont été coupés. Il est à espérer que les derniers obstacles seront éliminés, et que cette bienvenue trouée d’observation sera conservée. Rien n’empêche de remplacer ces arbres par d’autres essences dont la croissance peut être réduite en hauteur et contrôlée.

    La restauration de l’ancienne collégiale Saint-Barthélemy est un des gestes les plus représentatifs de la volonté liégeoise de mettre en valeur le patrimoine, et de participer ainsi à la reconversion de notre ville. Il est dommage que le résultat de cette belle restauration soit partiellement occulté par ceux des arbres de la place qui font écran.

    La place du Marché est, avec la place Saint-Lambert, l’un des lieux les plus significatifs de l’identité liégeoise. Il comporte deux monuments majeurs : le Perron et l’hôtel de ville. Malheureusement, la façade de ce dernier est cachée, du printemps à l’automne, par le feuillage du rideau d’arbres qui borde la voie carrossable. Il est déjà déplorable que la place soit coupée par une voie où la circulation est assez intense, mais sans doute est-ce inévitable. Par contre, rendre la façade de l’hôtel de ville, récemment restaurée, visible en toutes saisons et non pas seulement en hiver, est possible : il suffit d’ôter les arbres situés à sa hauteur ainsi que celui qui a été malencontreusement planté à hauteur de la rue de la Violette.
    Outre l’avantage de rendre simplement visible la façade du bâtiment, l’absence d’écran permettrait de présenter ensemble Perron et hôtel de ville, qui pour la signification sont inséparables : le discours gagnerait ainsi en cohérence.
    Quant à la partie ouest de la place, c’est là qu’un rideau d’arbres serait judicieux, afin de refermer la place comme elle l’était à l’époque de la cathédrale Saint-Lambert puis de l’îlot Tivoli: cela restaurerait l’impression d’intimité que cette petite place a perdue depuis les destructions successives. Notons qu’un rideau d’arbres ne cacherait pas au piéton la vue actuelle sur les perspectives de la place Saint-Lambert et de l’Opéra en arrière plan.

    La nouvelle gare des Guillemins est une des attractions touristiques majeures de notre ville.
    La démarche de Santiago Calatrava est résolument artistique. La monumentalité particulière de l’œuvre exige qu'elle soit d'abord appréhendée par le regard, dans sa globalité, et donc à distance. C’est pourquoi, très judicieusement, une vaste esplanade a été réservée en avant de la gare.
    Malheureusement, la visibilité du monument est compromise par la végétation dont cette esplanade a été pourvue, en particulier par les buissons, qui présentent un aspect semi-sauvage, non entretenu. Or, il a été choisi de disposer ces végétaux dans des espaces rectangulaires, en dialogue avec la géométrie des pièces d’eau : une taille nette et géométrique s’impose donc. Leur hauteur ne devrait pas dépasser celle de l’épaule d’un homme de taille moyenne.
    Il est par ailleurs piquant de constater qu’un des arguments majeurs pour démolir l’hôtel Rigo est qu’il fait obstacle à la lisibilité de l’ensemble monumental de la gare. Raison de plus donc pour ne pas empêcher cette lisibilité par une végétation intempestive.

    Qu’on nous entende bien : une ville a besoin de végétation, et pas seulement dans un but esthétique. Encore faut-il que cette végétation soit à sa place et n’occulte pas les monuments qui doivent être visibles. Il ne viendrait à l’esprit (espérons-le) d’aucun urbaniste de cacher la statue équestre de Charlemagne, le Torè ou la Vierge du Vinave d’île par un rideau d’arbres, ni d’en planter un entre la statue de Grétry et l’Opéra.

    Liège brigue une place d’honneur parmi les villes touristiques wallonnes. Ses monuments majeurs doivent donc être, non pas cachés mais exposés.